Mercure de France, Paris 1918, 14,5x23cm, relié. - Édition originale, un des exemplaires de première émission numérotés à la presse. Reliure en demi maroquin marron, dos à cinq nerfs, date dorée en queue, plats de papier à motifs abstraits, gardes et contreplats papier bleu-gris, tête dorée sur témoins, couvertures et dos en parfait état conservés, reliure signée T. Boichot. Second recueil majeur du poète-soldat aux innovations graphiques inédites et illustré, en frontispice, d'un portrait de Guillaume Apollinaire par Pablo Picasso. "Quelques-uns des meilleurs poèmes de guerre, toutes langues confondues, sont réunis dans ce recueil, à côté d'oeuvres expérimentales comme Les Fenêtres (proche du cubisme) et La Jolie Rousse, qui étaient très en avance sur leur temps" (Cyril Connolly, Cent livres-clés de la littérature moderne, n° 32). Bel exemplaire au papier non cassant ce qui est peu fréquent, rare et étonnant envoi autographe signé de Guillaume Apollinaire: "À monsieur le critique littéraire de La Libre Parole, hommage de Guill. Apollinaire." Qui pouvait être le destinataire de cette dédicace non nominative mais adressée à un collaborateur du célèbre journal antisémite fondé par Édouard Drumont ? On connaît la position ostensiblement philosémite de Guillaume Apollinaire qui s'enorgueillit dans une lettre de 1899 auprès de Toussaint Luca d'avoir tenté de provoquer Henri Rochefort lisant justement La Libre parole, en déployant devant lui L'Aurore mais sans oser, regrette le jeune dreyfusard, engager la polémique. En 1902, il marque publiquement sa fraternité avec le peuple juif avec une nouvelle parue dans La Revue blanche, Le Passant de Prague?: "J'aime les juifs car tous les juifs souffrent partout". Puis dans Alcools, il dédiera un poème à la religion hébraïque: La Synagogue. Mais c'est sans doute à travers son poème "Le Juif latin", paru dans L'Hérésiarque et Cie qu'Apollinaire dévoile, poétiquement, l'essence de son lien particulier avec la judaïté, dont il partage la condition d'éternel étranger, le sentiment de déracinement et la recherche d'identité. Il peut donc paraître très surprenant que ce poète, dont la seule trace d'engagement politique fut en faveur de Dreyfus, dédicace son oeuvre à un journaliste de La Libre parole, fut-il critique littéraire. Et de fait, La Libre Parole ne contient aucune rubrique littéraire?! À quelques mois de la disparition du poète, ce laconique envoi se révèle ainsi être un formidable et ultime pied de nez de l'impertinence poétique à l'intolérance politique. [ENGLISH TRANSLATION FOLLOWS] Mercure de France Paris 1918 | 14,5 x 23 cm bound in morocco First edition, a first impression copy numbered in the press. Binding in half brown morocco, spine in five compartments, gilt date at the foot, geometric pattern paper boards and endpapers in the same paper, top edge gilt, wrappers and spine preserved in perfect condition, binding signed by T. Boichot. Apollinaire's second major poetic work with bold graphic innovations and a portrait of Guillaume Apollinaire by Pablo Picasso as frontispiece. "Some of the best war poems, all languages combined, are brought together in this collection, alongside experimental works such as Les Fenêtres (close to Cubism) and La Jolie Rousse, which were far ahead of their time" (Cyril Connolly, Cent livres-clés de la littérature moderne, n° 32). A beautiful copy on non-brittle paper which is unusual, and a rare and surprising handwritten inscription signed by Guillaume Apollinaire: "À monsieur le critique littéraire de La Libre Parole, hommage de Guill. Apollinaire." ("To the literary critic of La Libre Parole, tribute by Guill. Apollinaire.") Who could be the recipient of this inscription, unnamed but addressed to a collaborator of the famous anti-Semitic newspaper founded by Édouard Drumont? The ostensibly philo-Semitic position of Guillaume Apollinaire is well-known. In an 1899 letter, he boasts to Toussaint Luca that he tried to pr.